Istanbul pourrait s’appeler Babel que personne n’y verrait d’objection. Tellement de peuples, d’ethnies, de communautés religieuses ont habité Istanbul que ce mélange lui vaut bien d’être un exemple de tolérance dans les temps modernes. Aussi bien chez les Byzantins que chez les Ottomans, la ville était connue pour être à la croisée des chemins: chemins religieux et philosophiques, politiques et commerciaux, mais aussi d’aventures. Ce mélange de cultures et de populations a perduré jusqu’au XXème, période à laquelle les deux guerres mondiales ont bouleversé cette composition. Parmi les communautés les plus importantes, on comptait la communauté juive. Les Juifs ont très souvent été protégés dans l’Empire ottoman, notamment pendant l’Inquisition espagnole au XVème siècle, ou encore pendant la Seconde guerre mondiale, les Turcs ayant refusé de livrer les Juifs à l’Allemagne nazie. Mais le communauté juive s’exile peu à peu, surtout après la création de l’Etat d’Israël en 1948. Aujourd’hui, les Juifs représentent une très petite minorité.
Mario Levi est un écrivain turc de confession juive. Il a écrit Istanbul était un conte, roman qui retrace l’histoire précieuse de Juifs d’Istanbul. Le récit est dense: il s’agit d’histoires et d’anecdotes de personnages, liés entre eux, dans une ville toujours aussi attachante. Mario Levi ne s’est pas trop attaché à décrire la ville mais s’est concentré sur les détails de la vie des ces Juifs qui ont parfois vécu plusieurs vies, ont connu des parcours incroyables pour se retrouver à Istanbul. Ce sont trois générations de Juifs qui vivent et revivent leurs souvenirs dans Istanbul, entre nostalgie et déceptions, entre bonheur et tristesse. Ce sont de personnages attachants.
Si vous n’êtes pas habitués aux romans lents, avec des descriptions et des portraits, ce n’est pas votre livre. Par contre, si vous souhaitez mieux comprendre vivaient cette communauté juive très riche de culture et de vécu, ce livre est pour vous. Il peut vous paraître long, mais tous les personnages sont attendrissants, ils forment une fresque qui disparaît peu à peu à Istanbul.
Mario Levi nous offre un « instantané » de vies oubliées, disparues, ou sur le point de s’en aller pour toujours. Istanbul était vraiment un conte pour elles.
