Dans le bleu profond du Bosphore, sublimé par le soleil, le vapur (le bateau à vapeur) coupe brutalement les vagues. Sur le Bosphore, les bateaux blancs à vapeur sont comme les mouettes qui les surplombent. Les bateaux font partie de l’histoire d’Istanbul. Dans cette ville aux deux rives, ils ont été les seuls moyens de locomotion de millions de Stambouliotes pour lier les deux rives, l’asiatique et l’européenne . Et quoi de plus poétique qu’une traversée du Bosphore qui vous laisse méditer sur la vie, le destin, la beauté de l’histoire et l’attraction de la mer.
Le bateau comme trait d’union de l’Europe et l’Asie
A l’époque byzantine ou ottomane, ce sont les caïques, ces bateaux à rame longilignes qui traversaient dangereusement le Bosphore. On partait de la Corne d’Or (Haliç) pour se rendre à Scutari (aujourd’hui Üsküdar). La traversée pouvait mal se finir si ce n’était l’habileté du rameur. Car ces experts connaissaient bien les vents et les vagues du Bosphore pour mener à bien la traversée. Leur forme longiligne servait justement à trancher avec les vagues, avec l’aide du courant et du vent.
Le bateau à vapeur est introduit au milieu du XIXème siècle (en 1827). L’Empire ottoman achète son premier bateau en Angleterre, le Sürat (le Rapide), et va étoffer son arsenal maritime avec la construction de ces bateaux par des ingénieurs américains. Les bateaux à vapeur marquent une modernisation des transports à Istanbul. Ils sont des moyens de transports qui appellent aussi à la rêverie et à la poésie, les Stambouliotes les empruntent toujours autant malgré le développement du Marmaray (métro sous le Bosphore), ou les ponts construits au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, les vrais vapur sont remplacés par des bateaux plus mécaniques, qui crachent plus de la pollution que la vapeur… C’est aussi l’envers du décor!
Les vapurs voient se croiser des cultures différentes grâce aux nombreux touristes qui les empruntent, comme les habitants, des milieux sociaux différents, et d’âges divers. Le vapur est un lieu de lien social, on y discute avec son voisin de voyage, on peut y acheter des articles, on y boit du thé, on y écoute des musiciens, des troubadours turcs respectés par les passagers.
L’écrivain français Théophile Gautier en voyage à Istanbul en 1852 décrit les vapurs: « Le Bosphore, de Seraï-Bournou à l’entrée de la mer Noire, est sillonné d’un va-et vient perpétuel de bâteaux à vapeur comparable au mouvement des watermen sur la Tamise; les caïdjis, qui naguère règnaient en despotes sur ses eaux vertes et rapides, voient passer les pyroscaphes du même oeil que les postillons, les locomotives des chemins de fer, et ils regardent l’invention du [sous-marin] Fulton comme tout à fait diabolique. Il y a cependant encore des Turcs obstinés et des giaours (européens) poltrons qui prennent des caïques pour remonter le Bosphore [..]. Je m’embarquai au pont de Galata, dans la Corne d’Or, point de départ des bateaux qui stationnent là en grand nombre, crachant leur vapeur blanche et noire condensée en nuage permanent dans l’azur léger du ciel« .

Toutes les heures sont belles pour prendre le vapur. Il suffit de s’asseoir près d’une vitre pour admirer le Bosphore et le spectacle du panorama qui s’offre à voir. Mais il est vrai que le coucher du soleil est un des spectacles à ne pas rater quand on est sur le Bosphore. Il y a une vie dans le vapur. Systématiquement, on vous proposera d’acheter un verre de thé, un simit, ou une barre de chocolat ou céréales. Sur les lignes longues, comme celle des Iles aux Princes, des marchands feront des démonstrations de produits en tous genres. Le plus agréable sur tous ces petits voyages quotidiens est la présence de musiciens, troubadours modernes, qui bercent les passagers, le temps de la traversée, avec une mélodie nostalgique, douce ou entraînante. A destination, on aurait aimé que la rêverie dure encore un peu.
Pratiques, les vapurs commencent à se croiser dans le Bosphore dès 6 heures du matin, jusque tard dans le soir selon les lignes. Certaines sont ouvertes jusque 1h du matin. De plus en plus de lignes sont rouvertes. On s’en rend compte car d’anciennes iskele sont restaurées et accueillent à nouveau du public. Pour des lignes qui vont dans le nord, vers Sariyer, Tarabya, les vapeurs sont moins fréquents. Il faut donc bien vérifier les horaires et les destinations des bateaux. Pour cela, un site est dédié aux horaires et destinations des vapur: Şehir Hatları . Sur ce site (disponible en turc et en anglais), vous pourrez trouver toutes les lignes, sélectionnez votre embarcadère de départ et d’arrivée, et les horaires qui vous conviennent. Sachez que les horaires d’été et d’hiver sont différents. Les vapur sont accessibles avec la carte de transport Istanbul Kart et permet donc des voyages à moindres coûts. Aujourd’hui, des vapur transportent des voyageurs jusqu’à l’embouchure au Nord du Bosphore, pour découvrir des quartiers d’Istanbul beaucoup plus naturels et paisibles.




